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Toi partout


Mise en scène de Denis Maillefer

 « C’est qu’on vient de se commencer, qu’on vient de se recommencer, c’est qu’on commence.»

Revenir à Ramuz, plus de quinze ans après avoir tenté de porter à la scène quelques textes. Revenir à ces deux nouvelles (« L’amour… » et « Salutation… ») déjà travaillées. Retrouver intact le plaisir sensuel de cette langue. J’ai eu envie, en relisant, de partager à nouveau ces mots que je trouve uniques, dans le rythme, dans le souffle, dans ce qu’ils disent. Des mots si « mal écrits », comme ont dit les détracteurs de Ramuz dans les années vingt, notamment dans la Gazette de Lausanne où sont publiées les nouvelles qui composent le recueil « Salutation paysanne ». L’auteur dit même, dans la fameuse lettre à Grasset dans laquelle il explique son rapport à la langue française, qu’on l’accuse non seulement d’écrire mal, mais encore d’écrire mal « exprès », (d’ailleurs, en écrivant la citation ci-dessus, le correcteur de « Word » me signale des erreurs…). Ecrire mal : aujourd’hui encore, chacun s’accorde à dire que Ramuz n’écrit pas si mal que cela, mais l’image d’un écrivain « du terroir » reste pourtant tenace. Depuis toujours, ce n’est pas cela que j’entends en le lisant, en le faisant lire/dire. J’entends la virtuosité, l’audace, et je vois la couleur du ciel.

Ce projet tentera de faire entendre (et voir, VOIR) le charnel de cette écriture. Quelques jeunes acteurs diront ces deux nouvelles dans des choeurs que j’espère inspirés et brûlants. Car ces mots-là disent comme jamais le souffle inouï de la découverte amoureuse. Et on ne dit jamais cela de Ramuz, on ne dit pas cette manière vertigineusement lyrique et violente de parler du coeur. Ces mots-là disent donc comment (re)voir le monde, ils disent comment l’autre nous repeint le paysage sous nos yeux. Nous nous plongerons dans cette langue comme on plonge/on bascule avec l’aimé(e), et nous essaierons, au-delà des mots, de dire le vertige délicieux et douloureux du début de l’amour. En racontant, en écoutant les musiques de nos débuts à nous, en inventant la bande-son de ces moments-là, en essayant (naïvement, c’est peine perdue…) de montrer/jouer le fracas indicible des premiers instants.

Denis Maillefer, avril 2009