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La mise en scène

a) Introduction
« Dans le cadre du projet TransHelvetia, avec une bande de jeunes acteurs fraîchement diplômés, nous tenterons de faire raisonner la virulence de la langue du poète et toute l’actualité de son propos. » Jean Liermier

Ainsi, Jean Liermier a choisi de monter Les Caprices de Marianne d’Alfred de Musset, car cette pièce lui semblait contenir plusieurs pistes de réflexions qui touchent personnellement les adolescents d’aujourd’hui. Son optique est précisément « ...d’amener les jeunes à constater que le théâtre les concerne et parle d’eux. Il peut leur permettre de réfléchir de manière ludique.»

De ce fait la réflexion de Jean Liermier autour de la mise en scène de ce spectacle, du rendu du texte d’Alfred de Musset est basée sur les questions fondamentales qui traversent les personnages de la pièce et font écho aux préoccupations de la jeunesse actuelle: « Le théâtre permet de s’interroger, à travers les textes d’auteurs qui ont su formuler et exprimer ces questions. Il trace des lignes de force dans notre propre vie et donne du sens. »

b) La structure de la pièce
Les Caprices de Marianne est une pièce qui n’a pas été écrite pour le théâtre. Elle a paru pour la première fois en 1833 dans La Revue des Deux Mondes, un bimensuel français fondé en 1829, qui traite principalement de littérature.

Suite aux représentations de Lorenzaccio à la Comédie française, Alfred de Musset, déçu par la mise en scène décide de se consacrer uniquement à l’écriture et de ne plus s’occuper de la réalisation, ainsi rédige-t-il Les Caprices de Marianne.

Jean Liermier compare la pièce à un scénario de cinéma divisé en séquences : « Il s’agit de cadrages sur des moments donnés. On passe d’un endroit à un autre, sans transition. » Par rapport à l’enchaînement de la pièce, ces coupures, ces changements de lieux donnent un côté abrupt. Il ne s’agit pas d’une narration basée sur la causalité, mais d’une dramaturgie reposant sur les ruptures de la pensée entre les séquences.

Pour le metteur en scène le défi consiste à essayer de rendre compte de la forme éclatée du texte en inventant le lieu juste, le bon écrin. Faut-il changer de lieu ? Faut-il être réaliste ? Comment définir pour chaque scène, la bonne situation, la tension juste ?

Selon lui, la structure de la pièce s’appuie sur cinq scènes fondamentales. Il s’agit des cinq rencontres entre Octave et Marianne : « La dramaturgie repose sur les ruptures de pensées entre les séquences ; la pièce semble travailler toute seule. Chaque scène paraît libre et autonome, ce qui laisse de la place au spectateur pour construire son propre spectacle. » La logique repose à l’intérieur de chaque scène. Le but n’est pas de relier les séquences les unes aux autres. « La pièce tient sa force du montage. Il ne faut pas vouloir aplanir mais plutôt affirmer les ruptures. Le spectateur travaille sur l’ellipse d’une scène à l’autre, le trou, la béance. Ce qui lui permet de faire son travail imaginaire d’apprenti poète. »

c) Le rapport au temps

Les mises en scène de Jean Liermier se caractérisent souvent par un lien direct avec le XXe siècle. Par exemple, dans la pièce de Molière Le Médecin malgré lui, jouée en juin 2007 au Théâtre Vidy-Lausanne, l’action se situait dans les années 30.

« Pour Les Caprices de Marianne », explique Jean Liermier, « je cherche à m’appuyer sur une époque dite contemporaine. Les comédiens ne joueront pas en costume de l’époque de Musset, car je ne pense pas qu’il s’agisse d’une pièce historique dans ce sens-là. L’historicité, l’aspect contemporain de Musset avec notre époque sera présent dans le jeu. »
Ainsi, l’action de la pièce se déroulera dans les années 60, période de dolce vità. Octave roulera en vespa, Marianne attendra le bus. Elle portera une petite robe, un manteau et des lunettes noires. « Il n’y a pas de raison d’en faire une bigote ou une femme guindée. ».

d) Un mot sur le décor
La vie de Marianne est liée à deux lieux : sa maison, où la surveille son mari jaloux et l’église. Sur scène seront présents un grand mur, derrière lequel se trouvera la maison et un portail qui souligneront cette atmosphère d’enfermement et de paranoïa. Des tessons de bouteilles joncheront le mur afin d’empêcher les gens de l’escalader. Devant cette enceinte, le spectateur verra le trottoir avec un arrêt du bus de la ligne qui mène à l’église. Les scènes seront rythmées par l’arrivée ou le départ du bus.

(Le regard du metteur en scène sur la pièce: Réflexions et extraits d’un entretien, datant du 12.11.2007 avec Jean Liermier autour de sa mise en scène)